Les hasards des représentations m’auront fait intervenir deux jours de suite sur la question de l’apprentissage à 14 ans.
Une première fois lors de l’assemblée générale de la chambre des métiers jeudi dernier, la seconde, vendredi, lors de l’assemblée générale de la CAPEB.
J’ai dénoncé un coup médiatique, sans rime ni raison et j’ai eu le sentiment que, dans l’ensemble, les artisans n’étaient guère enthousiastes à l’idée de voir une fois encore affirmer de fait l’apprentissage comme orientation par l’échec.
Le président de la CAPEB, accessoirement adjoint de Jean Louis Debré, et le Préfet, dans deux salles différentes et sur deux tons différents ont bien essayé de nuancer le propos initial du Premier Ministre en s’appuyant sur sa dernière conférence de presse…
Mais tout de même il s’agit bien d’envoyer le plus tôt possible en apprentissage les jeunes qui ne voudraient pas ou plus de l’école.
Et ça a une sacrée signification.
Annoncer, immédiatement après les nuits de violence que la loi autoriserait désormais l’apprentissage à partir de 14 ans et en faire une réponse à ces violences, c’est se défausser de la responsabilité sur l’école.
C’est d’une certaine façon « déposer le bilan » de l’école de la République pour reprendre une expression sarkozienne teintée d’ailleurs d’une sérieuse couche de démagogie.
Cela n’apporte rien.
Il ne s’agit même pas d’une réforme, d’une réflexion sur le fonctionnement de l’école… Des gosses ne s’y retrouvent pas! Qu’on les mette en apprentissage !
Qu’on les mette au travail !
C’est en effet sur des contrats de travail que repose l’apprentissage… D’un type particulier mais contrat de travail tout de même.
Préconisant cela, le Premier ministre ne rend pas plus service au monde de l’artisanat qu'il ne rend service à l'école… Ce qui explique d’ailleurs des réactions pour le moins mitigées.
Spécialiser l’apprentissage dans la formation de jeunes en échec scolaire !
Mais c’est tout le contraire que demande l’artisanat depuis des années …
C’est à une valorisation de l’apprentissage qu’il travaille.
L’artisanat est noble et nécessaire.
Il crée de l’emploi et, au-delà, dans notre département en particulier, par le maillage serré de ses près de 8000 petites entreprises, il contribue au lien social dans nos villages et dans nos quartiers.
Brûler un salon de coiffure comme cela a été fait à la Madeleine, c’est aussi brûler un lieu d’échange, un lieu de vie.
Personne ne gagnerait à ce que nos villages et nos quartiers deviennent des dortoirs sans âme. C’est ce qui a conduit par exemple le conseil général à créer un régime de subvention aux communes pour le maintien ou le rétablissement du dernier commerce local.
L’artisanat a besoin pour sa part de l’apprentissage.
Il veut légitimement recruter et former des apprentis solides qui sont les artisans de demain, les chefs d’entreprise de demain.
Ces jeunes, c’est l’école qui leur aura d’abord donné les bases nécessaires, ce que l’on appelle les fondamentaux… C'est à l'école qu'ils se seront essayé à la citoyenneté.
C’est le rôle de l’école et il faut lui donner les moyens d’assurer cette responsabilité qui est la sienne, y compris en partenariat avec le monde de l’entreprise.
Mais ce partenariat, c’est autre chose qu’envoyer au boulot des mômes de 14 ou 15 ans sans les bases nécessaires … Pratique que l'on avait pour les gosses de ma génération dans le bassin de Longwy où je suis né…
Nous n’étions qu’une poignée à entrer en classe de sixième. Les autres, dès quatorze ans étaient arpètes à l’usine ou ailleurs… C’était l’époque où la sidérurgie se montrait très accueillante… La plupart de mes copains de la communale et ex-arpètes se sont ensuite retrouvés à la rue.
La sidérurgie n’avait plus besoin d’eux… Il n’y avait d’ailleurs plus de sidérurgie dans le bassin de Longwy…Plus beaucoup d’autre activité non plus
Quant à leur reconversion… Elle aura été longue, souvent faite de galères ! Il leur aurait sans doute fallu plus de bases au départ !
Il leur aurait sans doute fallu d’abord plus d’école…
Commentaires