Dernière pomme: clin d'oeil
à l'un des poèmes de Maurice Carême que me rappelait tout à l'heure ce vent d'automne qui me cinglait le visage d'un fouet de pluie.
Il n'y avait guère que ma chienne et moi pour fréquenter la rive de l'Iton, le long des peupliers qui bordent l'hippodrome.
De l'autre coté de la rivière, deux chasseurs en embuscade me font un signe de la main.
Vent d'automne aussi ce matin sur le marché de la Madeleine.
La pluie et les travaux donnent aux lieux un aspect étrange, mi terrain vague, mi champ de bataille.
Ils ne parviennent pas pourtant à gommer cette impression de chaleur qui se dégage de la foule de ceux qui cherchent viande, légumes ou épices ou encore parfums, tissus ou bricoles ou qui
cherchent plus simplement à ne pas être seuls.
Chaleur aussi dans le bistrot où je bois un café avec quelques copains du parti communiste.
Ils sont sur le marché pour rencontrer et écouter les Ebroïciens, pour dénoncer la pauvreté, la casse des systèmes de solidarité. Ils parlent du quotidien, de la difficulté qu'ont de plus en plus
de ménages à joindre les deux bouts et de la surdité de la municipalité en place.
Ils parlent aussi des municipales, avec bon sens
mais aussi lassitude.
Lassitude de se sentir impuissant à ramener un peu de cohérence et de sérénité dans une gauche qui part dans tous les sens, chaque maire en puissance plein de la
certitude de sa légitimité... Cette légitimité est bien relative. L'un la revendique en s'appuyant sur le vote de 37% des adhérents d'une section
socialiste aujourd'hui un peu surréaliste , l'autre sur son antériorité puisqu'il patiente depuis vingt ans.
Ils sont l'un et l'autre convaincus que cette légitimité suffira pourtant pour gagner la ville... un peu comme dans ces rencontres de catch du temps de la télé en noir et blanc où le
"bon", après avoir été un peu secoué, finissait par gagner.
Je suis allé samedi matin à la présentation des 100 premiers membres du comité de soutien de Michel Champredon.
Je ne suis arrivé que vers la fin, au moment de la présentation de son site internet, et j'ai ensuite écouté attentivement son discours.
Je n'aurais rien renié de son propos, qu'il concerne l'environnement, la démocratie ou les services publics.
Sans doute n'aurais-je pas dit les choses exactement de la même façon, avec les mêmes mots... Peut être en aurais-je dit d'autres mais, dans l'ensemble son propos, me convient.
Je suis sûr que s'il l'avait tenu devant la cinquantaine de personnes présentes à la réunion de la section du PS de vendredi soir, et qu'il ne soit pas en congé de parti bien sûr, il aurait été
entendu et applaudi...
Le problème, c'est que cette cinquantaine de personnes n'était pas au cinézénith quand Champredon y parlait et que la grosse centaine de ceux qui étaient au cinézénith n'était pas en réunion de
section quand on y parlait de municipales...
Ce matin, Rachid Mammeri distribuait sa photo dans un coin du marché de la Madeleine quand Michel Champredon affichait la sienne à l'autre bout.
J'aime bien son slogan d'ailleurs : Pour vous c'est lui !
Je préfèrerais tout de même qu'on puisse arriver à dire aux Ebroïciens : Pour
vous c'est eux...
Voire même conjuguer pour eux ce slogan à la première personne du pluriel... Autant Pour vous c'est moi serait un slogan repoussoir à force d'immodestie, autant
Pour vous c'est nous lancerait une vraie dynamique de victoire.
C'est en effet d'une équipe, de la participation de tous et pas seulement d'un homme, aussi bon soit-il, qu'a besoin Evreux, pour construire et porter un projet.
C'est d'un projet et d'une équipe aussi qu'a besoin l'agglomération.
En 2001, l'UMP a repris les rênes de la ville en proposant l'homme providentiel Debré.
Ce coup de l'homme providentiel, les Ebroïciens aujourd'hui en ont compris la vanité...
Ils nous attendent à présent...
Ne les décevons pas !
Pour finir sur une autre tonalité , je vous propose la fraicheur du texte de la Dernière Pomme
La dernière pomme,
Maurice Carême
Vais-je tomber, ne pas tomber ?
Se disait la dernière pomme.
J'ai résisté aux vents d'automne,
Aux pluies ,aux premières gelées:
- Il ne faut pas que j abandonne
Mon fidèle ami , le verdier.
Vais-je tomber, ne pas tomber ?
Il y va de mon cœur de pomme.
Je suis d'or rouge et de miel jaune
Comme une lune à son lever
Et j éclaire tout le pommier.
Non, non, verdier, je me cramponne,
J'attendrai l'hiver pour tomber.

Bon d'accord, ce
dessin illustre un rassemblement bien alimentaire mais, loin de symboliser le "Bon appétit" de Ruy Blas, il évoque les vertus du dialogue et de l'union. 
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