Je ne
sais pas si j'ai plus envie de raconter samedi ou lundi.
Raconter les trois parrainages républicains et les quatre mariages que j'ai célébrés samedi (on dit célébrer quand c'est laïc ?) ou raconter le conseil municipal de ce soir...
J'ai encore en mémoire l'image de ces deux mariages qui se croisent dans l'escalier d'honneur.
L'un est rythmé par les tambours que couvrent par moment les youyous des femmes et l'appel grave d'une trompe.
L'autre est plus classique et rythme en silence les trois temps d'une valse.
Et voilà que, dans ma tête, les rythmes se mêlent en une musique unique qui respire bon les rêves que partagent ceux qui sont venus s'épouser là...
Lundi... Loin des noces et des fêtes, c'est un conseil municipal sans grand ordre du jour qui se déroule.
Il n'y a guère d'enjeux qui puissent susciter de longs débats.
Il faut bien alors que l'opposition invente des raisons pour intervenir et ce sont deux stratégies différentes que déploient Monsieur Nicolas et Monsieur Le Maire.
Nicolas se défend quand Le Maire feint de se poser en recours.
Nicolas, au détour du compte rendu de la séance précédente, tente de défendre le dossier du théatre tel qu'il l'a géré et rappelle que le projet avait été, en son temps, voté à
l'unanimité...
Sauf que, du montage initial à la situation que nous avons trouvée, il y a un fossé, un océan ...
Et le plantage du dossier qui nous oblige maintenant à le reprendre à zéro, c'est tout seul qu'il l'a fait !
Le Maire lui n'intervient qu'en fin de séance...
Travaillez avec moi nous dit-il... J'ai des relations et j'arrangerai avec le gouvernement les dossiers d'Evreux.
Il ne se rend même pas compte que, disant celà, il est en train d'affirmer que le gouvernement qu'il soutient pourrait bien être partial.
Il évoque un risque de démantèlement de la base 105...
"J'ai déjà vu le ministre trois fois nous susurre-t-il... "
Puis le doublement de la 13 entre Chaufour et Evreux... Sans compter que si nous voulons la déviation avant 2015...
Quant aux CRS et à une police de proximité à Evreux...
"J'en ai déjà parlé à Mme Alliot-Marie"
Bruno Le Maire... Il voit tellement de ministres qu'il vous obtiendrait les palmes académique à Topaze ... Au Topaze des débuts... celui de la pension Muche ...
Et le voilà reparti à brandir son carnet d'adresses !
Mais que voulez vous qu'il fasse d'autre...
Parachuté depuis peu à Evreux il n'a guère que cet argument... Que l'on a déjà entendu et dont nous savons qu'en vrai, il ne pèse vraiment pas grand chose.
Je ne crois pas que l'école de
Féniers, bourg creusois que j'ai un peu connu, fonctionne encore.
Il y a trente ans, je me souviens qu'une maîtresse d'école y tenait encore la classe unique...Une quinzaine de gosses de 4 à 12 ans ..
J'ai encore en tête ce mot d'un gamin de la classe qui devait passer du statut de maternelle à celui de l'élémentaire et à qui je demandais ce qu'était l'école des grands:
C'est quand on n'a plus le droit de manger de bonbons en classe, me dit-il.
Nostalgie quand tu nous tiens.
Je ne sais pas s'il reste encore beaucoup d'écoles de Féniers ou d'écoles qui ressemblent à celle que nous montrait, il n'y a pas si longtemps, le film "Etre et Avoir"... J'imagine qu'il y en aura de moins en moins, comme il y aura de moins en moins d'adultes dans nos collèges et dans nos lycées...
C'est aussi cela les suppressions de postes !
Au delà de la gestion, au delà des réformes nécessaires (on ne forme pas le citoyen du 21ème siècle dans l'école du 19ème...), il y a les fondamentaux ou plutôt la question fondamentale qu'on ne
peut éviter et qui, seule, peut justifier et sous-tendre la réforme: Quelle fonction ou quelles fonctions veut-on donner à l'école... Et, s'il en est plusieurs, sont elles
compatibles ?
La question des programmes et celle de savoir si nos chères têtes brunes et blondes doivent connaître, à l'issue du collège, la différence entre un chiasme et un oxymore est une question
seconde.
De même la question du nombre des personnels nécessaires et de leur qualification.
Ce n'est pas le propos du gouvernement aujourd'hui que les questions fondamentales.
Elle n'est pas posée et ne constitue en aucun cas l'axe fort d'un dialogue entre les élus de la République et les enseignants qui, s'ils ne sont plus tout à fait les hussards noirs du
19ème, n'en demeurent pas moins les acteurs d'une école toujours pilier de la République.
Le propos du gouvernement relève plutôt d'abord d'une logique de gestion...
La France dépense trop, nous dit-on.
Il faut réduire la dépense.
La dépense est en grande partie constituée du salaire des fonctionnaires dont le statut engage de surcroît les finances de demain.
Réduisons donc le nombre des fonctionnaires en ne remplaçant pas un départ en retraite sur deux (Je rappelle que, si l'on suit cette règle une demi douzaine d'années, le fameux papy-boom va
nous conduire à une courbe exponentielle des réductions de postes)
Et la suite nécessaire de cette logique, c'est :
Réformons pour accompagner la réduction des moyens !
C'est prendre les choses à l'envers.
La gestion est auservice de la politique et pas le contraire.
Or la question de la réforme est d'abord une question politique, c'est à dire une question qui pose explicitement nos priorités sociales et républicaines, une question qui s'ancre dans une vision
de l'avenir.
Sans dire que les enseignants ont raison sur tout et qu'ils n'ont jamais de frilosités un peu réactionnaires, force est de constater que dans le bras de fer qui les oppose au gouvernement, ils
ont, face à eux des interlocuteurs qui confondent politique et gestion et qui, en réduisant ainsi le débat, sont contraints de passer en force là où cette réforme pourrait et devrait être
consensuelle.
Il s'agit en effet de l'éducation et de la formation des citoyens de demain.
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