Avant de rendre compte plus en détail d'un conseil municipal qui aura duré quatre heures, je mets en ligne mon intervention à propos du budget 2006
Monsieur le Maire,
Tout a été dit sur votre budget ou presque.
Tout a été dit au moment du débat d’orientations budgétaires où les indicateurs que vous nous avez communiqués n’étaient guère brillants …
Tout a été dit au moment du vote du compte administratif 2004 où j’ai fait remarquer à votre adjoint que vous tourniez le dos aux objectifs que vous vous étiez vous-même fixés.
Tout a été dit ou presque lors du vote du budget primitif 2005 que j’avais à l’époque qualifié de morose, de terne … Un + 2 % pour l’usager et un – 0 % pour le contribuable…
Vous nous présentez aujourd’hui le même budget. Il y a le discours autour bien sûr, l’habillage, le maquillage… Mais c’est bien le même budget…
C’est un budget qui pourrait laisser croire que le temps s’est arrêté durant un an. Et celui qui l’a bâti n’a probablement pas entendu parler des violences qu’a connu notre ville début Novembre puisqu’il continue à commettre les mêmes erreurs… Et croyez bien que je le déplore pour Evreux.
Les violences à la Madeleine, votre refus d’en rechercher les causes locales, d’accepter l’idée de l’échec de votre politique de sécurité, l’idée de l’échec de votre politique ou de votre absence de politique associative… J’y reviendrai… Votre incapacité aujourd’hui à envisager, en les budgétant, d’autres remèdes que la cloche sous laquelle vous avez accepté que soit placée la Madeleine durant quelques jours de couvre-feu…
Tout cela mène notre ville et notre agglomération dans le mur.
Ce n’est pas l’image qu’a donné Evreux…, et vous êtes pour quelque chose dans cette image…, qui va susciter beaucoup d’installations d’entreprises sur notre territoire.
Stigmatiser la Madeleine, c’est déqualifier le Long Buisson. C’est, pour Evreux, se tirer un balle dans le pied.
Je ne vais pas, Monsieur le Maire, entrer dans le détail de ce budget.
C’est, en fonctionnement, un total qui reste aux alentours de 78.000.000,00 €. En Investissement, près de 19.000.000,00 € avec un appel prévu à l’emprunt de 7,5 Millions d’Euros. (J’attends de voir la réalité de vos consommations de crédits d’investissement).
Tout ce que je peux dire pour l’heure c’est que votre budget vous conduit à prévoir un emprunt de 2 Millions d’Euros de plus que ce que vous aviez envisagé l’an dernier. Quand on connaît la situation financière de la Ville, on ne peut que s’en étonner !
Et vous ne pouvez continuer à vous cacher derrière l’argument de la gestion de la Municipalité précédente.
Je ne vous interrogerai pas davantage sur l’apport de 2,5 Millions d’Euros issus du fonds de solidarité de l’agglomération (ces 2,5 Millions d’Euros, heureusement qu’il sont là, sinon je ne vous raconte pas ce que donnerait l’autofinancement dont se targuait monsieur Nicolas !), ni sur les 600.000,00 € prêtés par la même agglomération… Jusque quand ?... Pour aider à la reconstruction des bâtiments publics brûlés lors de cette nuit de violence à la Madeleine sur laquelle je reviens maintenant.
Ces violences sont inacceptables. On ne les dénoncera jamais assez… Mais cela ne suffit pas, il faut aussi accepter de les regarder en face.
Elles s’inscrivent dans un contexte national c’est vrai et ses causes sont profondes.
Le premier Ministre a implicitement admis des erreurs, des fautes et en particulier un soutien insuffisant des associations…
Mais on doit y ajouter l’insécurité liée au sentiment d’un avenir mort-né pour les jeunes de nos quartiers et bien au-delà.
On doit y ajouter la casse systématique, sous couvert de réformes de nombre de « garde-fous » sociaux.
Y-a-t-il eu un mois de pause dans la liste des « déremboursements » de la Sécurité Sociale, de la mise en cause du système de retraite, des modalités nouvelles de précarisation de l’emploi, de concertations manquées, de diktats ou d’oukases qui s’y substituent ?
Y en a-t-il eu davantage dans les fermetures de sites d’entreprises aux bénéfices souvent florissants.
Tout cela brouille l’avenir et contribue à ce malaise général qui constitue un terrain favorable aux explosions de violences.
Mais toutes les villes n’ont pas été touchées et Evreux a subi une explosion plus forte que d’autres villes de la Région.
Peut-être parce qu’à votre échelle, vous avez forcé le trait, vous avez presque caricaturé» la politique gouvernementale :
- Fin de la police de proximité,
- Fin des Agents locaux de médiation sociale,
- Le volet social de l’ORU décalé dans le temps, ce qui a donné le sentiment aux habitants qu’on se préoccupait plus du béton que de leur vécu… Souvenez-vous des premières réunions publiques où tel commerçant, telle école, tel habitant, découvrait par voie de presse ou pas indiscrétion ce qu’il allait advenir de lui.
- Le projet social de la Madeleine : vous en avez revendiqué le pilotage pour la Ville contre nos avis… Il était pourtant plus cohérent d’en donner la responsabilité à l’agglo puisque l’ORU relève de l’agglo.
Là, vous avez bricolé… Vous avez joué les apprentis sorciers. Et nous en sommes aujourd’hui à entendre en comité de pilotage du contrat de ville, une semaine après l’explosion de violence, qu’on reporte le financement d’un projet de la Farandole sur la parentalité parce qu’elle risque de concurrencer le volet famille d’un GIP qui n’est pas encore abouti… Un de vos conseillers municipaux était présent et pourra vous dire que je ne mens pas !
Sur les associations, nous en reparlerons sans doute tout à l’heure, c’est un échec complet et vous voulez faire passer pour un soutien ce qui est un encadrement strict, trop strict, rigide par moment ainsi que l’opacité la plus totale sur les clés de répartition (Moi quand j’entends répondre en commission à la question … Selon quels critères répartissez-vous les subventions ? On les rencontre et on voit, je traduis sans doute un peu vite … On utilise le critère « tête du client »)
Encadrement strict voire mise sous cloche… l’étouffoir, la mort lente …
Vous vous targuez d’augmenter cette année le montant des subventions aux associations. C’est presque vrai de 2005 à 2006 mais c’est un trompe l’œil. Quelques associations voient leur subvention augmenter effectivement. Ce sont par exemple des sportives qui sont passées en Nationale ; c’est le théâtre qui se voit rétablir les 100.000,00 € que vous lui aviez supprimés l’an dernier parce qu’il y avait une subvention de l’Etat de la même somme.
Votre premier vrai budget, c’était 2002. Et de 2002 à aujourd’hui, ce sont 600.000,00 € de moins qui sont répartis entre les associations.
Si je regarde simplement l’Arche et Nouvelle Génération, c’est 300.000,00 € de moins …
Mais, la politique associative, ce n’est pas qu’une question d’argent… C’est aussi une question de considération, de confiance, là aussi de sécurisation.
Nous le disons, je le dis à chaque session budgétaire. Les associations ont besoin de visibilité. Vous ne leur donnez que des contraintes.
L’échec de votre politique, je le lis aussi au travers des démissions successives d’Anita MALLET. Elle ne pouvait pas travailler, mettre en œuvre son projet… et aujourd’hui de Françoise POLLET. Et voilà que vous revenez à une répartition des associations entre les élus, à une dilution de la responsabilité..
Et l’on pourra bientôt en observer la cote.
La subvention des associations Nicolas sera peut être en hausse… Le cours du Desgrouas en légère baisse…. Pour un placement à terme, il faut peut-être jouer le Lefranc…
Ce n’est pas une politique que vous développez… C’est une absence complète de politique qui nous même à la catastrophe.
Monsieur le Maire… Vous connaissez sans doute le questionnaire de Proust : Si j’étais une fleur,… si j’étais une couleur,…
Et bien ce budget, et particulièrement le budget des associations, s’il était un Dalton, j’hésiterais entre Jo et Averell.
Symboliquement, Monsieur le Maire, quand vous acceptez la mise sous cloche de tout un quartier, quand vous baissez la subvention du CCAS dans le contexte de paupérisation que l’on connaît parce que le CCAS serait excédentaire, quand vous détricotez le tissu associatif, lieu de solidarité, de lien social, je crains que vous ne malmeniez finalement ces trois mots qui vous sont si chers, si l’on en croit vos discours, de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.
Commentaires