Plus de
monde que je n'en attendais à la manifestation de ce matin dans les rues d'Evreux...
Je sais... D'aucun trouveront qu'une manif, c'est ringard et que je ferais mieux de commencer mon papier par le divorce de Cecilia et Nicolas... Comme tout le monde... Ou plutôt comme si on
vivait dans la même rue, dans le même quartier, dans la même cage...
Vous savez, comme les cités de mon enfance, les villages de mon enfance, les immeubles (on disait les blocs !) de mon enfance...
"-Y parait que l'Yvonne ... !
-Et puis quand l'Aldo est d'nuit...! "
Aujourd'hui, c'est les journaux et la télé qui nous disent qu'alors y parait qu'dans l'bloc d'à coté, le Nicolas et la Cécilia...!
Même que les gens du bloc d'à coté, il en ont fait un communiqué.
Bon ! Et si on tirait les rideaux et qu'on fermait la fenêtre !
Tout cela sent le ragot de lavoir...
Oui le couple présidentiel divorce.
C'est son affaire et qu'on n'en parle plus.
Plus de monde que je n'en attendais à la manifestation de ce matin dans les rues d'Evreux... même si je n'y ai pas vu nécessairement tout le monde que j'y attendais.
J'y ai trouvé l'ambiance ferme et bon enfant, fraternelle et déterminée des premiers rassemblements de sidérurgistes de ma Lorraine natale.
Rassemblements durs et enjeux considérables.
Des maîtres de forges devenus spéculateurs anonymes ,et artisans d'une mondialisation qu'ils voulaient être leur eldorado, s'étaient mis à liquider toute une région, à la stériliser et
à pétrifier la vie de dizaine de milliers de familles avant que de les éclater aux quatre coins du monde.
Mouvements durs, très durs parfois, mais ambiance très fraternelle.
Ambiance pétrie de solidarité ouvrière, de la solidarité de ceux et des enfants de ceux qui étaient venus d'Italie, de Pologne, d'Espagne, du Portugal, d'Algérie, du Maroc, de Tunisie et de bien
d'autres pays encore... De tous ceux là qui avaient à peine eu le temps de déployer leurs racines et que l'on déracinait à nouveau.
Cette solidarité, nous l'avions vécue enfants, dans l'école de la République où se cotoyaient des noms de familles aux consonnances chatoyantes...
Cette solidarité, je l'ai vécue dans une famille où le hasard des mariages des frères et soeurs de mes parents ont mélangé dans une joyeuse farandole de 20 ou 25 cousins et cousines des origines
italiennes, polonaises, flamandes, portugaises et algériennes et d'autres encore sans doute qui ne me viennent pas dans l'instant à l'esprit...
Et le clan familial qui commence pour moi avec les prénoms de Primo et Magdalena, de Szczepan et Antonina de s'enrichir de Vittimo et Miecyzslaw, d'Alain et de Lucien, de Farid et
d'Adjilla...Et de bien d'autres encore.
Plus de monde que je n'en attendais ce matin à la manifestation dans les rues d'Evreux et j'y retrouvais un peu de cette chaleur plus que bigarrée du monde ouvrier dans lequel je suis né.
Mais voilà que me vient un peu de nostalgie... J'aurais mieux fait sans doute de continuer à vous parler du divorce des gens du bloc d'à coté.



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