Je me souviens du directeur d’un établissement que je n’aurai pas la cruauté de situer davantage à qui, il y a bien longtemps de cela, le gestionnaire essayait d’expliquer l’état du budget.
Et plus le gestionnaire déployait des trésors de pédagogie, plus le chef d’établissement donnait le sentiment de se désintéresser de l’état des finances.
Il s’est levé et quittait le bureau de la comptabilité quand soudain il se retourne et dit :
« Au fait, Monsieur le gestionnaire, vous avez pensé à me commander mon taille crayon à réservoir ? »…
J’étais adjoint de ce chef d’établissement et je revois encore la tête du gestionnaire, désespéré par tant de désintérêt pour l’essentiel et tant d’empressement à vouloir réaliser ce qui n’était qu’un caprice.
Ce matin, au conseil général, nous n’étions pas loin de tourner un remake de la scène.
Imaginez Jean Louis Destans prononçant son discours d’ouverture.
Il décrit les grands axes de la politique départementale, parle de l’action sociale, de l’investissement, de nos efforts pour l’éducation…
Mais je reviens sur le budget dans un prochain article…
C’est ensuite notre collègue Gaétan Levitre qui intervient longuement et attire l’attention de l’Assemblée sur les risques de fermeture de l’entreprise M’Real et , au-delà, sur la situation de l’industrie papetière dans le département.
Il parle de la dégradation de la situation de l’emploi dans notre département, du drame de ces familles touchées par le chômage avec toutes ses conséquences...
C'est alors que l’opposition demande la parole et c’est son leader, Poniatowski qui intervient le premier.
On attend un discours fort…
Fort, il l’est... mais plutôt fort de café.
La question qui le préoccupe ce matin, la question centrale de l’opposition, c’est celle l'avenir de la tribune des conseillers généraux dans le mensuel départemental.
Le débat portait, ce matin, sur un budget de 460 millions d’euros dont une grande part de crédits destinés à faciliter le quotidien de nos concitoyens et de nos concitoyens les plus fragiles.
Le débat portait sur le drame du chômage…
Face à cela, des bancs de l’opposition, on entendait ce cri en écho à celui de Ponia:
« Et ma tribune et ma tribune et ma tribune….! »
Décalé ! ... Vous avez dit décalé !

De quoi s’agit-il ?
Jusqu’à présent, dans l’Eure vive, le journal du Département, chaque conseiller général disposait d’une page pour s’adresser aux habitants de son canton.
Cette disposition n’est pas légale puisque, dans chaque canton, il doit y avoir une expression de la majorité et de l’opposition.
D’autre part, il était de plus en plus difficile et plus onéreux d’obtenir une distribution différenciée par canton.
Ce qui est aujourd’hui proposé, c’est la même expression de la majorité et de l’opposition dans tout le département.
Chaque conseiller général peut néanmoins mettre en ligne un éditorial sur le site internet du Département.
Une fois par an (en juin) il disposera en outre de quatre pages dans le mensuel départemental pour publier à sa guise un bilan cantonal.
Après une suspension de séance et d’âpres négociations, ce sera en définitive deux fois par an en janvier et en juin mais pour deux pages seulement…
Le lecteur appréciera l’intérêt du débat


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