Yema ne viendra pas…
Un film de 52 minutes réalisé par Agnès Petit.
L’un des vingt films sélectionnés à l’unanimité par le comité de sélection du festival du film d’éducation.
Celui là me parle plus que les 19 autres puisqu’il se déroule à Evreux et raconte la relation entre une mère algérienne qui voit grandir en France ses neuf enfants avec qui elle est restée seule.
Le monde qu’ils représentent et dans lequel ils vivent n’est pas son monde à elle et, si elle l’accepte puisque c’est le monde de ses enfants, elle se refuse à y entrer vraiment.
Je me souviens bien sûr alors de l’histoire de ma grand-mère (C'est elle sur la photo qui illustre cet article), mama italienne qu’un double veuvage a contraint à assurer seule durant la guerre l’éducation de ses neuf enfants.
Ce n’était pas la même génération, pas la même époque et la culture ouvrière qui soudait le monde des sidérurgistes et des mineurs d’alors gommait, au moins en surface, les différences. L’Ecole faisait le reste.
L’Ecole peut-elle être aujourd’hui le creuset dans lequel dialoguent et se mélangent nos cultures ?
L’école peut être un lieu où ce dialogue vient renforcer nos valeurs républicaines ?
Je crois que oui.
Si on lui en confie la mission et si elle accepte de se l’approprier.
Si on lui donne et si elle se donne aussi le moyen de la mettre en œuvre.
Mais je reviens sur le film d’Agnès Petit qui marque bien la relation entre cette mère et ses enfants comme le nœud du conflit de deux mondes, de deux cultures que portent ces jeunes de la seconde génération de l’immigration.
Ils réussissent à se construire un avenir et l’école aura joué, quoiqu’on en dise, son
rôle d’ascenseur social. On compte en effet de belles réussites dans la fratrie. Deux médecins et deux ou trois ingénieurs, si ma mémoire est bonne…
Je n’ai pas retenu tous les devenirs des enfants Mammeri puisque c’est de la famille Mammeri qu’il s’agit mais qu’importe…
Le quartier de la Madeleine n’aura pas été pour eux un handicap ou, s’il l’a été, ils ont su le surmonter et l’Ecole les y a indéniablement aidés.
Ils sont Français et Européens et contribuent à bâtir notre avenir avec cette rage particulière de ceux qui savent que leur "Yema" ne viendra pas.
Yema demeure ancrée dans un autre monde.
Ils ne la renient pas, au contraire !
Elle ne les renie pas davantage, eux qui sont ses enfants, mais elle ne viendra pas ! Comme souvent ne sont pas venues les mama ritales de mon enfance, comme ne sont pas venues souvent
les mama polacks …
C’est ce qui rend sans doute particulièrement difficile « l’intégration » des enfants de l’immigration, de ceux que l’on qualifie de seconde génération… C’est ce conflit de loyauté entre leur monde et celui dont ils savent que les Yema ne le quitteront jamais, pas même parfois pour participer aux mariages de leurs enfants.
Je ne sais si c’est bien là le propos du film… En tout cas c’est ce qu’il m’a donné à
ressentir et j’invite mes lecteurs à se faire une opinion en allant le voir... Et si je leur en ai donné envie, cela justifiera mon article.
On y parle un peu aussi des dernières municipales d’Evreux mais, même récurrente, ce n’est qu’une incise et, si au bout du compte, Rachid Mammeri ne devient pas Maire de la cité, ce n’est ni la
faute de l’Ecole, ni la faute de Yema …
En tout cas, le festival du film d’Education commence le 18 novembre au Ciné-zénith d’Evreux et il mérite qu’on s’y arrête.
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